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 Les partis politiques ou les fabriques du prêt-à-penser

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Shabba

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MessageSujet: Les partis politiques ou les fabriques du prêt-à-penser   Jeu 18 Avr 2013 - 13:21

http://jeffrenault.wordpress.com/2012/05/11/les-partis-politiques-ou-les-fabriques-du-pret-a-penser/
Citation :
Les partis politiques sont dans notre système actuel une clef de voûte incontournable. Pour s’assurer que cela soit, on a été jusqu’à l’inscrire dans la Constitution du 4 octobre 1958 :

Citation :
ARTICLE 4.

Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Ainsi donc, les partis politiques seraient l’expression même de la démocratie qu’ils doivent respecter comme le prévoit la Constitution. Et émettre un avis contraire, à savoir que les partis politiques, à l’exact opposé, étoufferaient l’expression démocratique est une hérésie, un blasphème, un tabou.

Intrinsèquement, on le verra, les partis politiques sont des machines qui annihilent tout pluralisme, débat ou contradiction, qui empêchent les militants de penser par eux-mêmes et de se faire leurs propres opinions. Bref, les partis politiques sont avec les religions les emblèmes du « prêt-à-penser ».

Pourtant, il émane des citoyens, de plus en plus éduqués, de plus en plus intéressés, de plus en plus impliqués dans la vie de la cité, une demande grandissante de démocratie réelle, qu’on peut également qualifiée de participative versus représentative. Car il n’est de véritable démocratie que celle qui associe le Peuple dans les décisions qui le concernent, et où nos prétendus représentants ne sont pas nos dirigeants, mais ceux qui exécutent les décisions arrêtées par les citoyens.

Les partis politiques (et le jeu des alliances), qui prétendent gouverner le Peuple dans son intérêt, qui probablement se considèrent plus avisés que lui, ne sont pas de cet avis et font perdurer un système représentatif qui sert leurs intérêts, et peu leur importe si les intérêts du Peuple passent en second plan. Alors on nous sort l’artillerie lourde, les « il n’y a pas d’alternative », pour ne nous proposer que l’alternance et son goût fade. Car l’apparent pluralisme des partis n’empêche guère la pensée unique de se développer, et d’être relayée et même consolidée complaisamment par les médias et ses éditorialistes et autres experts (je vous invite à ce titre à aller voir « Les nouveaux chiens de garde« ).

En attendant que la pression citoyenne aboutisse à une réforme des institutions (et probablement à une nouvelle Constitution), je voudrais spécifiquement m’arrêter sur le fonctionnement des partis politiques et démontrer qu’ils sont par nature anti-démocratiques.

Je voudrais appuyer ma démonstration par les écrits de Simone Weil, philosophe française qui a été disciple d’Alain (à ne pas confondre avec la célèbre femme politique Simone Veil) dans un texte qu’elle a rédigé en 1940 et intitulé « Note sur la suppression générale des partis politiques » (accéder au texte disponible en PDF dans la bibliographie de ce billet d’Étienne Chouard sur son site). Elle y démontre qu’intrinsèquement un parti politique enferme les personnes dans ce que j’appelle le »prêt-à-penser », et empêche toute expression en dehors de la (fameuse) « ligne du parti »…

Le texte de Simone Weil commence par une passionnante introduction sur l’essence de la démocratie, où elle cite notamment et abondamment Rousseau, considérant que « peu de livres sont beaux, forts, lucides et clairs comme Le Contrat Social« , regrettant cependant que même si « peu de livres ont eu autant d’influence« , on doit constater que « tout s’est passé et se passe encore comme s’il n’avait jamais été lu« . Extraits :

Citation :
Rousseau partait de deux évidences. L’une, que la raison discerne et choisit la justice et l’utilité innocente, et que tout crime a pour mobile la passion. L’autre, que la raison est identique chez tous les hommes, au lieu que les passions, le plus souvent, diffèrent. Par suite si, sur un problème général, chacun réfléchit tout seul et exprime une opinion, et si ensuite les opinions sont comparées entre elles, probablement elles coïncideront par la partie juste et raisonnable de chacune et différeront par les injustices et les erreurs.

Il y a plusieurs conditions indispensables pour pouvoir appliquer la notion de volonté générale. Deux doivent particulièrement retenir l’attention.

L’une est qu’au moment où le peuple prend conscience d’un de ses vouloirs et l’exprime, il n’y ait aucune espèce de passion collective.
La seconde condition est que le peuple ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique, et non pas à faire seulement un choix de personnes. Encore moins un choix de collectivités irresponsables. Car la volonté générale est sans aucune relation avec un tel choix.

Le seul énoncé de ces deux conditions montre que nous n’avons jamais rien connu qui ressemble même de loin à une démocratie. Dans ce que nous nommons de ce nom, jamais le peuple n’a l’occasion ni le moyen d’exprimer un avis sur aucun problème de la vie publique; et tout ce qui échappe aux intérêts particuliers est livré aux passions collectives, lesquelles sont systématiquement, officiellement encouragées.

Sur la base de cet exposé préalable, Simone Weil démontre en quoi les partis politiques ne sont pas imparfaitement démocratiques, mais complètement totalitaires :

Citation :
Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois :

Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.

Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.

Le reste de son texte évoque les modalités d’actions des partis politiques : l’endoctrinement, la propagande…

Citation :
La pression collective est exercée sur le grand public par la propagande. Le but avoué de la propagande est de persuader et non pas de communiquer de la lumière [...] Tous les partis font de la propagande. Celui qui n’en ferait pas disparaîtrait du fait que les autres en font.

Et d’illustrer son propos par des exemples :

Citation :
Supposons un membre d’un parti — député, candidat à la députation, ou simplement militant — qui prenne en public l’engagement que voici : « Toutes les fois que j’examinerai n’importe quel problème politique ou social, je m’engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice. »

Ce langage serait très mal accueilli. Les siens et même beaucoup d’autres l’accuseraient de trahison. Les moins hostiles diraient : « Pourquoi alors a-t-il adhéré à un parti ?» — avouant ainsi naïvement qu’en entrant dans un parti on renonce à chercher uniquement le bien public et la justice. Cet homme serait exclu de son parti, ou au moins en perdrait l’investiture ; il ne serait certainement pas élu.

Après ce portrait implacable, Simone Weil décrit l’inévitable arrangement qu’un individu membre d’un parti politique doit passer avec le mensonge, tant il est impossible d’être à chaque fois et à chaque moment en accord entre la position de son parti et sa conviction intime :

Citation :
Si un homme, membre d’un parti, est absolument résolu à n’être fidèle en toutes ses pensées qu’à la lumière intérieure exclusivement et à rien d’autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est alors vis-à-vis de lui en état de mensonge.

C’est une situation qui ne peut être acceptée qu’à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis.

Plus loin :

Citation :
Il est impossible d’examiner les problèmes effroyablement complexes de la vie publique en étant attentif à la fois, d’une part à discerner la vérité, la justice, le bien public, d’autre part à conserver l’attitude qui convient à un membre de tel groupement. La faculté humaine d’attention n’est pas capable simultanément des deux soucis. En fait quiconque s’attache à l’un abandonne l’autre.

Mais aucune souffrance n’attend celui qui abandonne la justice et la vérité. Au lieu que le système des partis comporte les pénalités les plus douloureuses pour l’indocilité. Des pénalités qui atteignent presque tout — la carrière, les sentiments, l’amitié, la réputation, la partie extérieure de l’honneur, parfois même la vie de famille.

Et d’aboutir implacablement à la perverse évidence que ceux qui rejoignent un parti politique le font aussi pour l’attrait que constitue à leurs yeux ce que j’appelle le « prêt-à-penser » :

Citation :
Si un homme disait, en demandant sa carte de membre : « Je suis d’accord avec le parti sur tel, tel, tel point; je n’ai pas étudié ses autres positions et je réserve entièrement mon opinion tant que je n’en aurai pas fait l’étude », on le prierait sans doute de repasser plus tard.

Mais en fait, sauf exceptions très rares, un homme qui entre dans un parti adopte docilement l’attitude d’esprit qu’il exprimera plus tard par les mots : « Comme monarchiste, comme socialiste, je pense que… » C’est tellement confortable ! Car c’est ne pas penser. Il n’y a rien de plus confortable que de ne pas penser.

Simone Weil conclut en décrivant ce que pourrait être un système sans parti politique :

Citation :
La conclusion, c’est que l’institution des partis semble bien constituer du mal à peu près sans mélange. Ils sont mauvais dans leur principe, et pratiquement leurs effets sont mauvais.

La suppression des partis serait du bien presque pur. Elle est éminemment légitime en principe et ne paraît susceptible pratiquement que de bons effets.

Les candidats diront aux électeurs, non pas : « J’ai telle étiquette » — ce qui pratiquement n’apprend rigoureusement rien au public sur leur attitude concrète concernant les problèmes concrets — mais : « Je pense telle, telle et telle chose à l’égard de tel, tel, tel grand problème. »

On voit ainsi en quoi la disparition des partis politiques favoriserait le débat sur les idées (et non sur les personnes ou sur les « valeurs ») et permettrait de construire des propositions concrètes répondant aux problèmes concrets.

Les derniers mots de Simone Weil achèvent sa démonstration avec le regret que la logique partisane s’installe dans la société sur tous sujets et en toutes occasions, avec le risque induit que la libre pensée, l’esprit critique, le libre arbitre puissent être relégués au rang d’atrocités :

Citation :
Presque partout — et même souvent pour des problèmes purement techniques — l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée.

C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.
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