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 Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques

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MessageSujet: Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques   Mer 19 Fév 2014 - 14:03

Rappel du premier message :

Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques



Nous assistons actuellement à 3 tentatives de coup d'état (sans parler de la Syrie): Ukraine, Bosnie et Venezuela le tout à vitesse grand V. Evo Morales indique que le même coup de poker a été tenté en Bolivie en 2008 et que ce sont les Etats-Unis qui sont à l'oeuvre. Il parle du Venezuela mais c'est le cas dans chacun des conflits. On dirait que l'empire US a décidé de faire tomber les dernières têtes avant le grand plongeon. Rappelons également que l'opposition c'est déjà illustrée l'année dernière avec le même type d'actions violentes suite à leur défaite aux élections.


Le gouvernement vénézuélien a dévoilé une conversation entre deux militants de l'opposition qui anticipent le pillage de magasins et l'intensification des manifestations violentes, notamment à Caracas, la capitale. À un moment de la conversation, un des hommes déclare que la droite aurait un fond de 120 000 millions de bolivars (environ 20 000 millions de dollars) pour payer des tueurs à gages. L'article qui suit confirme d'ailleurs que certains manifestants ont bien été assassinés pendant les manifestations. Il montre également à quel point l'opposition use et abuse des réseaux sociaux pour tromper les citoyens et servir leur propagande contre le gouvernement, quitte à monter de toute pièces des images provenant pourtant d'autres pays. Les réseaux sociaux peuvent se révéler être un cadeau empoisonné et une fois encore, le chaos est programmé et orchestré en haut lieu. Fawkes


A lire les médias internationaux en ce mois de février 2014, on pourrait croire que le Venezuela est –de nouveau- à feu et à sang. Le coupable désigné par les grandes entreprises de communication est toujours le même depuis maintenant 15 ans: le gouvernement bolivarien massacrerait –de nouveau- son peuple comme s´il s´agissait du passe temps favori des élites politiques révolutionnaires depuis l´accession d´Hugo Chavez à la présidence de la République. Oubliés les onze chavistes assassinés au lendemain de la victoire électorale de Nicolas Maduro en avril 2013, passée sous silence la large victoire du camps bolivarien aux municipales de décembre 2013, gommé le soutien populaire dont bénéficie la Révolution, les vénézuéliens seraient désormais face à un « régime » qu´ils réprouvent et qui n´hésite pas á faire feu contre ses compatriotes. Un retour sur les derniers événements qui ont secoué le Venezuela est donc nécessaire pour prendre la mesure de ce qui se déroule en ce moment au pays de Bolivar et de Chavez. Retour d´autant plus nécessaire pour capter, après la Libye, la Syrie ou les derniers événements ukrainiens à quel point l´Empire fait preuve d´un cynisme sanguinaire pour éliminer les gouvernements qui ne s´alignent pas sur ses intérêts.

Guerre interne dans l´opposition

L´opposition vénézuélienne n´est pas un bloc monolithique. Même si tous les partis partagent un programme commun (1) , les stratégies de prises de pouvoir et surtout les ambitions personnelles ne manquent jamais de raviver les tensions au sein de la contrerévolution, Or le leadership qu´Henrique Capriles s´était construit depuis sa victoire aux primaires de la plateforme unitaire de l´opposition (Mesa de Unidad Démocratica -MUD) en février 2012 s´est quelque peu érodé au fil des quatre défaites électorales (2) . Lors des élections municipales de décembre 2013, le parti de Leopoldo Lopez, Voluntad Popular a même remporté plus de mairies que Primero Justicia, le parti de Capriles.

Le questionnement interne suite aux défaites dans les urnes a ravivé les vieux démons d´une opposition prête à considérer légitime tous les chemins possibles pour conquérir le pouvoir.

Profitant d´un mécontentement compréhensible d´une partie de la population face à une guerre économique qui affecte quotidiennement les vénézuéliens (3) , le secteur le plus extrême de l´opposition a décidé de passer à l´attaque.

Dés les premiers jours de l´année 2014, Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado ou Antonio Ledezma appelaient au "soulèvement" comme moyen "démocratique" pour chasser le gouvernement (4) . Les vrais démocrates apprécieront l´oxymore. Rappelons que l´unique moyen démocratique pour changer de gouvernement est la convocation d´un référendum révocatoire à mi-mandat, c´est à dire à partir d´avril 2016.

Leopoldo Lopez ne s´arrêtera pas là. Au cours d´un meeting, le 2 février 2014, il lance à ses partisans : "les problèmes dont souffre le peuple ont un coupable. Ce coupable est le pouvoir national (…) nous ne pouvons plus dire que le problème c´est seulement Nicolas Maduro. Le problème ce sont tous les pouvoirs publics nationaux"(5) . Coup d´Etat, vous avez dit coup d´Etat ?

Au cours du même meeting, Maria Corina Machado affirmera que "la seule réponse possible, c´est la rébellion (…). Certains disent qu´il faut attendre les élections dans je-ne-sais-trop combien d´années (…) Le Venezuela ne peut plus attendre" (6) . Le message de confrontation est lancé au gouvernement mais aussi à la MUD et à Capriles. La tentative de mainmise sur l´opposition par les secteurs les plus anti-démocratiques de l´antichavisme est confirmé par Leopoldo Lopez lorsqu´il convoque une manifestation pour le 12 février 2014 : "Notre lutte passe par la rue (…) je suis sûr que ce 12 février, nous verrons Henrique Capriles dans la rue. Je lance un appel [à tous les dirigeants de l´opposition] mais surtout à Henrique, qui a une très grande responsabilité, pour qu´il nous rejoigne dans cette clameur de changement" (7) . Les urnes ou le putsch. Les leaders de l´opposition ont les cartes en mains…

Ce qui fut annoncé arriva

Le 12 février la manifestation convoquée se dirigeât vers le siège du pouvoir judiciaire (Ministerio Publico) situé dans le centre populaire de la capitale. La plupart des dirigeants de l´opposition, dont Capriles Radonski, était aux abonnés absents. Le faible cortège était surtout composé d´étudiants des classes moyennes supérieures provenant des universités privées. Sur place, Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado haranguaient la foule dans des termes similaires à ceux proférés quelques jours plus tôt, avant d´abandonner la manifestation sans prendre le soin de lancer le mot d´ordre de la dispersion de la manifestation. Alors que la majorité des étudiants quittait les lieux sans heurt, des groupes de choc prenaient le relais. Les pancartes pacifistes laissaient place aux jets de pierre et autres cocktails Molotov. Et tout bascula.

Au milieu des affrontements, des coups de feu furent tirés. Juan "Juancho" Montoya, un militant chaviste présent sur les lieux et Basil Da Costa un étudiant d´opposition mourraient tous deux assassinés d´une balle dans la tête. La police nationale réussit à repousser les fauteurs de trouble qui se replièrent à Chacao, arrondissement huppé de Caracas, dont le maire, Ramon Muchacho est membre du parti Primero Justicia. Quelques heures plus tard et alors que les affrontements s´étaient déplacés dans cette zone de la ville, Roberto Redman, un militant de l´opposition, qui avait porté le cadavre du jeune Basil, était à son tour assassiné. La machine médiatique internationale s´emballa. Le gouvernement fut accusé de sanglantes répressions alors que les forces de maintien de l´ordre n´utilisent aucune arme létale pour faire face aux groupuscules armés de l´opposition (8) .

Les entreprises de communication privées dénoncèrent la censure gouvernementale après qu´une chaîne câblée colombienne, NTN24, fut retirée de la programmation par les opérateurs de câble privés pour avoir enfreint la loi vénézuélienne de ne pas retransmettre en direct les images des violences de rue. Il ne s´agissait donc pas d´une censure opérée par le pouvoir, les media audiovisuels internationaux et nationaux ayant largement couvert la partie pacifique de la manifestation. En revanche, aucun média international ne s´est attardé à dénoncer les attaques à l´arme à feu contre le siège de la télévision publique VTV. Une employée de la chaîne ayant même reçu une balle dans les côtes. Liberté d´expression à deux vitesses ?

Au soir du 12 février, on dénombrait en plus des trois morts, de nombreux blessés y compris chez les forces de l´ordre et les travailleurs du Metro de Caracas, pris d´assaut par les groupes de choc de l´opposition, 6 voitures de police incendiées, des sièges d´institutions publiques détruits, sans compter les nombreux dommages collatéraux dont ont souffert les habitants de Caracas.

Des critiques se firent entendre au sein même de l´opposition. Une journaliste du journal antichaviste El Universal, dénonça l´irresponsabilité et le manque de leadership de Leopoldo Lopez qui abandonna les étudiants lorsque les affrontements eurent commencé (9) . Le maire de Chacao publia un tweet cinglant : "nous reconnaissons le manque de leadership de l´opposition. Seul l´anarchie règne. C´est ce que nous voulons ?" (10) . Dans un premier temps, Capriles Radonski se fit écho de "la mainmise de groupes violents sur une manifestation pacifique" (11) .

L´enquête démontrera, comme l´a indiqué le Ministre de l´intérieur et de la justice, Miguel Rodriguez Torres, que les deux personnes assassinées prés du Ministerio Publico le furent avec la même arme à feu, renforçant ainsi la thèse de l´infiltration de mercenaires paramilitaires d´opposition dans l´objectif de créer le chaos, et d´enflammer les tensions entre vénézuéliens. Un scénario similaire à celui vécu lors du coup d´Etat du 11 avril 2002 (12) . Les plus vulnérables à cette stratégie sont malheureusement les jeunes étudiants qui croient pouvoir renverser un gouvernement appuyé par la majorité du peuple et par l´armée.

Comme dans n´importe quel pays démocratique, la justice recherche désormais le principal responsable de ces violences, Leopoldo Lopez, pour le mettre en examen. Nous n´osons imaginer ce qu´il se serait passé si de tels événements avaient eu lieu dans n´importe quel pays occidental. Qu´aurait fait le pouvoir français si la manifestation Jour de Colère (qui comme la manifestation de Leopoldo Lopez n´avait de mot d´ordre commun que la chute d´un gouvernement élu) s´était soldé par trois assassinats et de nombreux blessés chez les forces de l´ordre. Il y a fort à parier que ses organisateurs seraient aujourd´hui sous les verrous sans que cela n´émeuve personne ni qu´aucun parti politique, pas même le Front National, n´en vienne à les défendre.

Mais s´il s´agit du Venezuela, les média y décèlent une persécution politique. Capriles Radonski, quand à lui s´est solidarisé avec Leopoldo Lopez, tout en insistant sur les différentes stratégies qui l´opposent á son ancien comparse (13) . L´ancien candidat à la présidentielle a même appelé à une manifestation contre la violence et le paramilitarisme (sic), espérant ainsi récupérer à son compte les manifestants de ces derniers jours. Comble de l´ironie pour celui qui devrait assumer la responsabilité intellectuelle de l´assassinat de 11 militants chavistes au lendemain de sa défaite électorale aux élections présidentielles d´avril 2013 (14) .


La main de l´Empire américain n´est pas une chimère


Alors que Nicolas Maduro a reçu des messages de solidarité et de condamnation des violences de l´opposition de la part de nombreux gouvernements et partis politiques de par le monde et de l´Union des Nations Sud-américaines (Unasur), le gouvernement des Etats-Unis prenait un ton menaçant. Lors d´une allocution télévisuelle, le président Maduro dénonçait que le sous-secrétaire d´Etat adjoint pour l’Amérique latine, Alex Lee, avait émis une série d´exigences (libération des responsables des violences, arrêt des poursuites contre Leopoldo Lopez, dialogue immédiat avec l´opposition) sous peine de "générer des conséquences négatives au niveau international" (15) .

Cette menace à peine voilée est en fait le résultat de la participation active des Etats Unis dans les récents événements qui secouent le Venezuela. Soulignons une fois, pour les éternels sceptiques, que la déstabilisation du gouvernement bolivarien n´aura de cesse que lorsque les Etats-Unis reprendront le contrôle du maniement de l´industrie pétrolière comme dans le passé.

En réponse, le président Maduro a décidé d´expulser du pays trois citoyens étasuniens pour leur récente participation active dans la formation et le financement d´étudiants aux techniques de coup d´Etat soft (16) .

Dans la nébuleuse d´informations sur la situation actuelle au Venezuela, de grossières manipulations médiatiques tentent de légitimer le discours de l´opposition qui dénonce la torture et la répression sanglante du gouvernement. Cette cyber-attaque est surtout un moyen de décrédibiliser le Venezuela au niveau international et de chauffer les esprits des partisans de l´opposition afin de générer une situation d´ingouvernabilité à l´instar des événements actuels en Ukraine.

Rappelons que le Venezuela est le cinquième pays au monde qui se sert le plus de Twitter (17) . Ce réseau social, abondamment utilisé dans les autoproclamées "Révolutions" arabes, est devenu une arme de premier choix dans la déstabilisation du gouvernement bolivarien. Ainsi, des photos de répressions et de tortures, reflétant des réalités étrangères, sont envoyées massivement aux jeunes vénézuéliens leur faisant croire que les scènes se déroulent dans leur pays (18) . De retweet en retweet en passant par de nombreux hastags, un nombre non négligeable de jeunes opposants à la Révolution est ainsi manipulé.

Sur la photo suivante nous pouvons voir comment une manifestation à Sao Paulo devient une manifestation à Caracas



Sur la photo ci dessous une image aérienne d´un pèlerinage religieux se transforme en une manifestation massive de l´opposition qui n´a pourtant jamais eu lieu



Les étudiants chiliens doivent sauter au plafond en voyant leurs camarades utilisés par l´extrême droite vénézuélienne




Un cas de torture dans le royaume d´Espagne devient un argument pour la droite vénézuélienne



Qui se doutait que les policiers égyptiens réprimaient des citoyens vénézuéliens ?



Rien n´arrête le cynisme de l´opposition. Les morts du conflit syrien sont transférés au Venezuela dans la ville de Maracay



Même le pauvre Loukanikos, icône animale de la révolte grecque, n´est pas épargné. Que fait la SPA ?



Le camp bolivarien doit donc une fois de plus faire face aux tentatives de déstabilisation de la contrerévolution au moment précis où le gouvernement prend des mesures radicales pour lutter contre la guerre économique et contre l´insécurité.

Même si le Peuple, l´armée et la police défendent les institutions démocratiques, la vigilance est de mise. Face à la désinformation des entreprises privées de communication, la solidarité internationale est plus que jamais de vigueur afin de déjouer la propagande médiatique contre la Révolution Bolivarienne. A un an de la disparition physique du Comandante Chávez, son Peuple est bien décidé à perpétuer son héritage révolutionnaire.



Notes:

(1) Voir Romain Migus, El programa de la MUD, Caracas, ed. Barrio Alerta, 2012, disponible sur http://albaciudad.org/wp/wp-content/uploads/2012/09/libro_el_programa_de_la_mud.pdf

(2) Élections présidentielles du 7 octobre 2012 et du 13 avril 2013, élections régionales du 16 décembre 2012, élections municipales du 8 décembre 2013 (91% des états régionaux et 75% des mairies gagnés par le chavisme).

(3) La guerre économique et les réponses gouvernementales ne sont pas le sujet de cet article. Mais il est indéniable que la spéculation contre le bolívar, les ruptures de stock organisées, et la contrebande de produits de première nécessité vers la Colombie ont des conséquences immédiates sur la vie quotidienne. Pour un approfondissement de ce sujet, voir jacques Sapir, « La situation économique au Venezuela », Russeurope, 17/02/2014, http://russeurope.hypotheses.org/2001

(4) Voir “¡LaSalida es la calle! ¡#LaSalida es la calle!”, Youtube, 25/01/2014, http://www.youtube.com/watch?v=MZBiTc6Z4Os (traduction de l´auteur).

(5) Voir “Protestas en Venezuela, 2 de Feberero de 2014 #LaSalida“, Youtube, 03/02/2014, http://www.youtube.com/watch?v=hyh3AEf5JDA (traduction de l´auteur).

(6) Ibid.

(7) Voir “Leopoldo López El 12F vamos a la calle con la consigna justicia y cárcel para los corruptos“, Youtube, 09/02/2014,http://www.youtube.com/watch?v=f9X67Jvw5Lk (traduction de l´auteur).

(8) Pour être plus précis nous soulignons que les forces de police utilisent des bombes lacrymogènes et des cartouches de gros sel, et un usage très limité de la force si l´on compare avec la répression des manifestations dans les pays européens.

(9) Testimonio de una periodista de El Universal: "Leopoldo no tuvo bolas. Le agarró la mano a su esposa, se fue y dejó a los carajitos alborotados", Aporrea, 13/02/2014. http://www.aporrea.org/oposicion/n245131.html

(10) “Vandalismo en Chacao: Ramón Muchacho se pregunta ¿quién asume la responsabilidad?”, Noticias24, 12/02/2014

http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/222431/vandalismo-en-chacao-ramon-muchacho-se-pregunta-quien-asume-la-responsabilidad/

(11) “Capriles condena violencia en marcha estudiantil, Prensa Primero Justicia, 12/02/2014,http://www.primerojusticia.org.ve/cms/index.php?option=com_flexicontent&view=item&cid=158:en-la-prensa&id=13853:capriles-condena-violencia-en-marcha-estudiantil&Itemid=500

(12) Voir “Fallecidos el 12F fueron con la misma arma de fuego”, YVKE Mondial, 14/02/2014,http://www.radiomundial.com.ve/article/fallecidos-el-12-f-fueron-asesinados-con-la-misma-arma . Sur les assassinats similaires pendant le coup d´Etat d´avril 2002, voir l´excellent documentaire de Angel Palacios, “Puente llaguno: clave de una massacre”, http://www.youtube.com/watch?v=fkrAI72ct-I

(13) “Capriles llama a movilizaciones contra la violencia y el paramilitarismo”, El Universal, 16/02/2014, http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/140216/capriles-llama-a-movilizacion-contra-la-violencia-y-el-paramilitarismo

(14) Voir Romain Migus, “Nuit de cristal au Venezuela”, Venezuela en Vivo, 17/04/2013, http://www.romainmigus.com/2013/06/nuit-de-cristal-au-venezuela.html

(15) “Venezuela rechaza declaraciones de secretario estadounidense John Kerry”, Telesur, 16/02/2014, http://www.telesurtv.net/articulos/2014/02/16/venezuela-rechaza-declaraciones-de-secretario-estadounidense-john-kerry-2982.html

(16) “Funcionarios norteamericanos tienen 48 horas para salir de Venezuela”, Noticias24, 16/02/2014, http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/222622/elias-jaua-funcionarios-norteamericanos-tienen-48-horas-para-salir-de-venezuela/

(17) “Venezuela: quinto país del mundo que más usa el twitter”. Ciudad CCS, 29/05/11, http://www.ciudadccs.info/?p=176192

(18) Telesur a réalisé une compilation de ces montages médiatiques. Voir: https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10151869482281179.1073741986.186321186178&type=1


Source: Venezuela En Vivo

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akasha

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MessageSujet: Re: Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques   Mar 22 Aoû 2017 - 0:49

[Venezuela] 5 mythes sur la crise (et ce qui se passe réellement), par la BBC

Source : Daniel Pardo, BBC, le 21 juillet 2017.




La garde nationale surveille une vente d’oeufs à Caracas

Lors des trois dernières années, la crise au Venezuela est allée de mal en pis.

Ce sont les trois années durant lesquelles j’ai été correspondant. Pendant cette période, j’ai essayé de sortir du pays régulièrement ; pour prendre l’air, certes, mais aussi pour voir la réalité d’un autre point de vue.

À chaque fois que je quitte le pays, ma famille et mes collègues me posent des questions, pour savoir si tout est vraiment aussi grave, aussi catastrophique que ce que rapportent les médias.

À cause de la polarisation et de la politisation, beaucoup de ces questions reposent sur des impressions exagérées de la situation d’un pays qui a été riche et qui maintenant est pauvre, et personne n’a l’air de comprendre comment cela est arrivé, entre autres mystères.

Lors de ces conversations, j’ai identifié cinq mythes qui paraissent être enkystés dans l’opinion de nombreuses personnes sur le Venezuela.

1. « ll y a la famine au Venezuela »


La faim est présente dans certaines zones du Venezuela, mais cela ne concerne pas la majeure partie de la population.

Dans l’enquête Encovi en 2015, 90% des Vénézuéliens ont répondu qu’ils mangent moins et que la nourriture est de moins bonne qualité.

En 2016, la crise alimentaire s’est aggravée. On voit plus de queues et on rapporte qu’il y a davantage de malnutrition et de personnes qui mangent deux fois par jour, voire moins.


Mais est-ce vraiment la famine ?

Mais il ne s’agit pas de la famine telle que définie par le programme alimentaire mondial des Nations Unies : il faut qu’au moins 20% des foyers subissent une pénurie grave, qu’il y ait plus de 30% de mal nourris et que 2 personnes sur 10 000 meurent chaque jour.

Voyons.

Selon Datanalisis, le sondeur le plus souvent cité sur ce sujet, la pénurie dans les ménages est de 43%, mais cela concerne des produits de base tels que le riz, la farine ou le lait.

Et quel que soit leur prix, les Vénézuéliens ont des fruits et légumes disponibles à tous les coins de rue.

Selon Bengoa Foundation, spécialiste dans ce domaine, la malnutrition se situe entre 20 et 25 %.

Mais deux décès par jour pour 10 000 habitants ne semblent pas réalistes à l’heure actuelle.

Les chiffres les plus alarmants sur la malnutrition ont été donnés par l’opposition en juin : 28 décès par jour.

Mais selon l’ONU, une famine au Venezuela, peuplé de 30 millions d’habitants, impliquerait 6 000 décès par jour dus à la malnutrition.

Les experts vénézuéliens s’accordent sur le fait que ce qui se passe ici n’est pas comparable à l’Éthiopie des années 80 ou à la Corée du Nord des années 90.

Mais plus d’un m’a dit : « Mais attention, nous sommes au bord de la famine ».

2. « Le Venezuela est comme Cuba »

En général, trois éléments permettent de soutenir que « le Venezuela se ’’cubanise’’ » comme certains le disent : les files d’attente pour acheter des produits rationnés, la dualité de l’économie et la militarisation du gouvernement (où les services de renseignement et le gouvernement cubains exercent une certaine influence).

Mais la comparaison s’arrête là.


Maduro a essayé de maintenir la relation privilégiée avec Cuba qui a débuté sous le gouvernement Chavez

Le Venezuela est un pays capitaliste où le secteur privé a une certaine activité en dépit des restrictions et expropriations de l’État, qui exerce un contrôle croissant sur l’économie. A Cuba, le secteur privé est minime.

Ici, l’Internet est le plus lent de la région, mais nous avons presque tous une connexion avec accès à Facebook, Netflix et les médias internationaux critiques du gouvernement. Ce qui n’est pas le cas à Cuba.

McDonald’s – qui n’existe pas à Cuba – a du mal à importer des pommes de terre frites, mais quantité de gens y mangent des glaces le dimanche.

Chez Zara ou chez Bershka, il n’y a pas de vêtements ou alors il sont hors de prix. Mais les enseignes sont bien là, dans un immense centre commercial. Rien de tel à Cuba, même en version plus petite.

Les voitures dernier modèle ne se vendent plus qu’en dollars, mais il y a des gens qui les achètent. Et on les voit dans les rues. À Cuba, seulement dans les films hollywoodiens.

Ici on trouve des banques espagnoles et américaines, des succursales des plus grandes multinationales au monde et des médias indépendants du monde entier. Pas à Cuba.

De plus, le Venezuela est un pays pétrolier avec d’énormes réserves de pétrole brut et ce n’est pas une île, deux éléments déterminant sa condition qui, pour aussi tragique qu’elle devienne, va générer des situations qui ne peuvent se produire à Cuba : pensez, par exemple, à la contrebande frontalière.

3. « Le Venezuela est une dictature »


On peut encore se procurer des biens de luxe au Venezuela

C’est un débat qui a déjà quelques années : le Venezuela est-il une « dictature moderne » ou bien un « régime hybride » ?

Mais ici et ailleurs, peu d’experts évoquent une dictature traditionnelle.


Premièrement, disent-ils, parce que, ici, il y a une opposition, même si elle est privée des aides de l’État, emprisonnée ou empêchée d’exercer ses droits politiques.

Et il y a des élections, même si l’Assemblée nationale, élue par la voie des urnes, est délestée de son pouvoir quand elle est contrôlée par l’opposition.

Deuxièmement, la presse indépendante au Venezuela a du mal à importer du papier à imprimer, elle est rachetée par des sociétés anonymes proches du gouvernement, et nombre de ses journalistes sont mis en examen, voire emprisonnés. Mais il y a une presse d’opposition.

Certains Vénézuéliens disent que les indices de démocratie sont « la façade du régime » vénézuélien. [sont là pour masquer la réalité du régime, NdT]

Sans aucun doute : s’il y a peu d’experts qui parlent de dictature, seule une minorité reconnaît une réelle démocratie.

4. « Tout le monde hait Maduro »

A l’étranger, certains entendent les déclarations de Maduro et se demandent : « pourquoi ne le renversent-ils pas ? Qui veut de ce type ? »

Selon diverses enquêtes, Maduro est soutenu par 20 à 30% de la population.

J’ai parlé avec des Vénézuéliens qui se disent chavistes, qui disent soutenir Maduro dans ces sondages, mais lorsque je cesse l’enregistrement, la parole se libère et coule alors un flot d’insultes contre le Président.

Ce sont des personnes dont la gratitude pour les avancées sociales obtenues par le passé les empêchent de critiquer ouvertement le gouvernement.

Ou bien des personnes qui ont peur de perdre leur maison, leur pension ou les bons alimentaires qu’elles perçoivent.


Alors que le soutien à Maduro au Venezuela se situe entre 20 et 30%, celui du défunt Hugo Chavez est de 60 %

Il y a aussi des milliers de Vénézuéliens qui sont « pistonnés », comme on dit ici en référence au réseau de corruption qui tire des bénéfices du gouvernement.

Dans tous les cas, 30% de soutien, c’est plus que ce qu’enregistrent aujourd’hui les présidents du Brésil, du Chili ou de Colombie.

Certains disent que le chavisme est en phase terminale, mais Chavez continue d’être crédité de 60% d’opinions favorables. La crise a beau être aiguë, il est difficile d’envisager la fin du chavisme.

5. « On ne peut pas sortir dans la rue »

La délinquance rampante et la peur qu’elle génère font que certains préfèrent voir un film chez eux que sortir dans un bar le soir.


Mais il y a encore beaucoup de personnes, non seulement à Caracas mais dans tout le pays, qui sortent en discothèque, dans les bars et les restaurants.

Paradoxalement, là où il y a le plus d’homicides, dans les quartiers populaires, la nuit est aussi active que dans n’importe quelle ville, mais dans les quartiers des classes supérieures, les rues restent assez désertes après 9 heures du soir.

Au Venezuela, il faut faire profil bas, ne pas parler au téléphone ou sortir un appareil photo dans la rue. Plus votre voiture est vieille et vos vêtements élimés, mieux c’est.

Avoir une escorte ou une voiture blindée peut être, parfois, contre-productif.

Malgré cela, pendant la journée, les centres-villes et les villages sont aussi animés, folkloriques et amusants que dans n’importe quel autre endroit d’Amérique latine.

Les rues vénézuéliennes sont marron, sombres, vertes, jaunes, rouges, bleues. Ici, au moins pendant la journée, il y a de la vie.

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Quelle forme aurait une intervention militaire US au Venezuela?


Par Marco Teruggi
Mondialisation.ca, 21 août 2017
Hastalnocau 14 août 2017





Les États-Unis jouent plusieurs cartes simultanément . Ils parient sur l’une ou l’autre selon l’évolution du scénario, en fonction du résultat du jeu. Ils n’en écartent aucune, même celle qui pourrait sembler la plus lointaine: l’intervention militaire. Donald Trump lui-même s’est chargé de l’annoncer, personnellement et en direct pour le monde entier. La question serait : pourquoi en cet instant du conflit?


Les élections du 30 juin ont porté un coup à l’accumulation de force insurrectionnelle par la droite. Il s’est agi d’une égalisation du chavisme, d’une reprise d’initiative, comme un boxeur dans les cordes qui rebondit en portant un direct à son adversaire et restabilise le combat. Avec un avantage évident : la subjectivité. Celui qui sentait qu’il allait gagner s’est retrouvé déconcerté, démoralisé. La droite se voyait déjà – du moins sa base y croyait – en train de prendre le pouvoir, dans un déploiement qui semblait ne pas avoir de limite. Il n’a fallu que deux semaines pour qu’elle perde la rue, l’initiative, le discours, l’épopée : les militants de base accusent les leaders de la Table de l’Unité Démocratique d’être des traîtres et des lâches.


La conclusion du résultat est que la droite n’a pas de corrélation de forces – et ne semble pas non plus en condition de la construire – à l’intérieur du Venezuela pour sortir le gouvernement par la force. Pire encore: ce qu’elle annonçait comme une victoire assurée quel que soit le scénario électoral ne l’est plus. Il est difficile de savoir qui gagnera les élections des gouverneurs qui auront lieu en octobre. Les chants de victoire qu’annonçait déjà la droite ne fonctionnent plus. La défaite a un « effet domino ».

Avec ce scénario, les autres cartes, prévues à l’avance, ont commencé à bouger. D’un côté, et toujours comme transversale et permanente, la carte économique: les attaques se sont accentuées sur la monnaie et les prix. D’un autre côté, publiquement, les annonces de participation électorale: presque toute l’opposition a fini par inscrire ses candidatures. Enfin, en même temps que la carte de la violence souterraine, la carte internationale, liée à la précédente, l’économique et la diplomatique. Un mot résume cette stratégie: intégralité.

La carte souterraine

Un bras armé de la droite, toujours – apparemment – à l’état de germination est en construction. On l’a vu agir depuis le début de l’escalade du mois d’avril. D’un côté, les actions paramilitaires dans plusieurs lieux du pays, avec des attaques de casernes militaires, de commissariats, de corps de sécurité de l’État, de contrôles du territoire, de commerce et de transport. D’un autre côté, et connectés, le développement de groupes de choc qui, au fil des mois, par exemple, à Caracas, ont montré une transformation de l’esthétique, des méthodes, de l’organisation et de la capacité. Entre les premiers encapuchonnés de début avril et les « écuyers » de juin/juillet, une évolution a eu lieu. Où sont ces groupes maintenant que les rues sont calmes ?

A leur tour se sont multipliées les vidéos sur les réseaux de groupes armés, qui, avec des capuches, des armes longues et une esthétique militaire, ont annoncé être préparés pour la confrontation militaire. Leurs objectifs sont, répètent-ils, doubles : tant le gouvernement que les organisations du chavisme.

Ces groupes ont essayé de créer des héros: le premier, Oscar Pérez, qui a lancé les grenades sur le Tribunal Suprême de Justice, et ensuite apparu interviewé sur les écrans. Le second, Juan Caguaripano, qui s’est attribué la direction de l’assaut de la caserne de Fuerte Paramacay où ont été volées plus de cent armes, et qui a été arrêté le vendredi soir. L’objectif semblerait être la création de mythes, de figures qui puissent rassembler et servir de référents à une droite en panne de dirigeant visible. Sous la table certes, elle a des dirigeants: des secteurs nord-américains, ceux-là mêmes qui ont planifié l’escalade insurrectionnelle, et qui battent les cartes avec de manière subordonnée, la droite vénézuélienne, comme Voluntad Popular.

Cette force semble en processus de développement. Elle a mené des essais, suivi des entraînements. Elle essaie d’émerger, de se structurer et de se consolider, maintenant que la perte de la rue par la droite est impossible à cacher.

La carte internationale


C’est celle qui est devenue la plus forte après le 30 juin. Les Etats-Unis ont déployé un éventail de mesures contre le Venezuela, depuis les sanctions économiques, les blocus financiers, les tentatives de sièges et isolements diplomatiques, jusqu’à l’annonce récente par Donald Trump de la possibilité de l’intervention militaire. Remettre l’initiative dans les mains du front international met en évidence la dépendance et l’incapacité de l’opposition au niveau national. Là, comme dans la stratégie générale, ils jouent de toutes les cartes simultanément. Ils mesurent, préparent, évaluent les possibilités pour les discours: les conditions dans le continent ne sont pas les mêmes qu’au Moyen-Orient, en termes militaires, diplomatiques, politiques. Elles ne le sont pas non plus en géopolitique globale.

Ainsi le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, lors de sa conférence de presse de dimanche, après s’être réuni avec le président de Colombie, Juan Manuel Santos, a affirmé que les sanctions seraient économiques et diplomatiques. Il a écarté publiquement la possible intervention militaire qui avait été annoncée par le président états-unien. Cela pourrait s’expliquer par le rejet manifesté par Santos – allié-clef dans le conflit contre le Venezuela – d’une voie militaire, après avoir évalué qu’il n’existe pas de consensus en Amérique Latine pour poser une preuve frontale d’impérialisme disparue depuis des années. Et parce que pour intervenir militairement il n’est pas nécessaire d’annoncer qu’on le fera – ils le font déjà, de fait, à travers l’élaboration d’actions et de financement, direct ou indirect, des groupes armés de la droite.

Pour imaginer l’hypothèse de l’intervention militaire il faut se débarrasser de l’image d’un débarquement de soldats mâchant du chewing-gum, avec l’emblème des Etats-Unis sur le front. Ils n’offriront pas l’a preuvede l’action: la guerre sur chacun de leurs fronts a été posée ainsi. Il semble plus adroit de chercher dans des formes souterraines, comme le déclenchement d’actions qui serviraient de prétetxtes, des attaques depuis d’autres frontières avec le Venezuela, avec d’autres identités. C’est là que rentre par exemple la connexion avec la tentative de développement d’un bras armé qui pourrait avoir un nom, une direction publique, et se déployer avec une puissance de feu dans certaines zones. La tactique se construirait en fonction du développement de cette structure, sa capacité ou non à avancer et construire un pouvoir. Pour l’instant ce n’est qu’en germe.

Toutes les cartes sont sur la table. Le cours des événements indiquera lesquelles prendront le plus de poids et lesquelles seront écartées. La décision et le rôle des États-Unis est claire, ils posent des temps, des tactiques, ils déploient une force que la droite n’a pas au niveau national. Les élections régionales d’octobre seront des élections-clé: un bon résultat du chavisme enlèverait du poids au secteur de la droite vénézuélienne qui parie sur la résolution électorale. Cela renforcerait la thèse qu’on ne peut sortir le chavisme du gouvernement que par la force, par un bras armé, articulé avec une intervention plus grande venant d’une autre frontière, comme la Colombie ou le Brésil.

Marco Teruggi
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MessageSujet: Re: Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques   Jeu 24 Aoû 2017 - 0:45

Le Monde ressuscite les morts pour mentir sur le Venezuela


Fanny Louise Troubiand du Villars (1775- 1837) et le Libertador Simon Bolivar (1783-1830)


Depuis plusieurs années, le journal Le Monde compte sur les habituels pamphlets antichavistes de ses collaborateurs Marie Delcas et Paolo Paranagua. La première est correspondante du journal pour couvrir les évènements au Venezuela. Petit détail, elle est en poste à Bogota, soit à 1400 kilomètres de Caracas.

Cela peut paraître assez étrange. On imagine assez mal un correspondant en Espagne relatant les derniers évènements tragiques de Catalogne depuis Paris. Pourtant la distance entre les deux villes européennes est plus courte que celle qui sépare les deux capitales latinos. Pour remédier à l´éloignement, la dite correspondance relève plus du commentaire élogieux des opinions de l´opposition à la Révolution bolivarienne. Mais ça, le lecteur du Monde n´en saura rien.

La deuxième personne est un éditorialiste. Il s´agit de Paolo Paranagua, alias le Comandante Saúl, responsable de plusieurs attentats dans les années 70 comme le rappelait encore Jean-Luc Mélenchon (1).

Viscéralement opposé aux gouvernements populaires d´Amérique Latine, M. Paranagua confond, depuis maintenant de nombreuses années, propagande politique et journalisme, et massacre régulièrement la notion d´information honnête et équilibrée. Mais ça, le lecteur du Monde ne le sait pas.

A ces deux militants politiques qui, sous couvert de leur carte de presse, relaient les tracts les plus odieux de l´extrême droite vénézuélienne, s´ajoute désormais un troisième larron.

Depuis maintenant deux semaines une envoyée spéciale du Monde, Fanny du Villars, rédige des écrits à charge contre la Révolution Bolivarienne dans le plus grand mépris de toute déontologie et en claire violation de la Charte de Munich (au moins en ce qui concerne les articles 1,3,6,8,9 relatifs aux devoirs des journalistes). Or Fanny du Villars n´existe au Monde que depuis deux semaines, et n´a jamais rien écrit auparavant pour ce journal, ni pour aucun autre média.


Articles de propagande écrits par "l´envoyée spéciale" du journal Le Monde, Fanny du Villars

Fanny du Villars n´est pourtant pas une inconnue au Venezuela. Née en 1775 en France, c´est une lointaine cousine du Libertador Simon Bolivar, avec qui celui-ci aurait entretenu une relation amoureuse et a correspondu jusqu´à la fin de sa vie. Fanny du Villars est décédée le 21 décembre 1837, prés de Lyon.

Ce que l´on sait moins c´est que, visiblement, elle serait revenue à la vie, et travaillerait désormais pour le groupe de communication de messieurs Pigasse, Bergé et Niel.

Certaines mauvaises langues qui ne croiront pas un seul instant à cette histoire de réincarnation pencheront plutôt pour dire qu´il s´agit là d´un pseudonyme. Or le titre « d´envoyée spéciale » confère une certaine légitimité aux faits rapportés par une personne qui est sur place, et qui est censée nous proposer une vision fidèle des évènements. Mais si cette personne n´existe pas, on peut se demander s´il y a vraiment un envoyé spécial du journal Le Monde au Venezuela ? Et si oui, pourquoi alors utiliser un pseudonyme ? Il y a, à Caracas, des dizaines de journalistes étrangers travaillant pour des médias ou des agences internationales, et à notre connaissance, aucun ne se cache derrière le masque de l´anonymat. Ce qui nous amène à nous demander qui est derrière ce pseudonyme et surtout d´où vient l´information que Le Monde offre à ses lecteurs.

En effet, « Fanny du Villars » est-elle une personne directement liée aux franges les plus radicales de l´opposition vénézuélienne et dont la crédibilité ne résisterait pas à l´examen de son curriculum politique ? Est-ce un membre de la « Resistencia », ces groupes connus pour avoir brulé vif des afro-vénézuéliens parce qu´ils ressemblaient à des chavistes ? Qui écrit ? Qui nous informe ? Un journaliste qui nous rapporte des faits ou un mercenaire de l´information, payé pour tergiverser et mentir sur la réalité du Venezuela ?

Les articles du spectre Fanny du Villars sont tellement caricaturaux qu´on peut aussi légitimement se demander s´il ne s´agit pas de travaux élaborés par un bureau de diplomatie publique, et qui échouent dans les pages d´un journal qui se prêterait au jeu de la propagande. Un grand classique qui nous renvoie aux actions menées par Otto Reich et à la Office of Public Diplomacy for Latin America and the Caribbean du gouvernement des Etats-Unis lors de la guerre contre le Nicaragua Sandiniste (2).

Il ne s´agit là, évidemment, que d´hypothèses mais une chose est sûre : les articles de « l´envoyée spéciale » Fanny du Villars ne sont pas l´œuvre d´un journaliste honnête dont le but est d´informer ses lecteurs.

Le journal Le Monde est une nouvelle fois pris la main dans le sac de la propagande de guerre. Derrière « Fanny du Villars », c´est notre droit à être informé qui est piétiné par le quotidien de référence au pouvoir dominant.

Romain MIGUS

Source : Le Grand Soir


(1) Jean Luc Mélenchon est le seul homme politique à avoir dénoncé le passé obscur et le parti pris idéologique de Paolo Paranagua, voir http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/10/21/retour-de-voyage-dans-la-v.... Le leader de la France insoumise dénonce aussi les attentats commis par Paolo Paranagua et son groupe dans les années 70. A l´heure où les attentats endeuillent plusieurs pays d´Europe, des dirigeants historiques de l´ancienne LCR ont condamné…..Jean Luc Mélenchon et se sont solidarisés avec l´éditorialiste du Monde. Voir : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/19...

(2) Voir sur le site du National Security Archive de l´Université George Washington : http://nsarchive2.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB40/
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MessageSujet: Re: Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques   Mar 29 Aoû 2017 - 1:08

« Real news », « fake news », à vous de juger !


Regardez la grosse crotte que je viens de sortir de mon nez

Récemment, j’ai commenté sur Facebook une très courte émission parue sur le profil de Donald Trump[1]. Il s’agissait d’un « teaser » ressemblant à s’y méprendre à un véritable journal télévisé d’information et animé par une ex-journaliste de CNN…sauf que chaque phrase était à la gloire du Président. Alors que les autres commentaires s’offusquaient de la manœuvre, l’apparentant à de la propagande (ce qui est clairement le cas), j’expliquais qu’il n’y avait là, pour moi, pas grand-chose de nouveau. Le Président français, Emmanuel Macron, ne venait-il pas de « choisir » ses journalistes[2] ? Nicolas Sarkozy n’avait-il pas fêté sa victoire sur le yacht de son ami Bolloré qui est à la tête de Vivendi et de Canal+ ? N’avions-nous pas l’habitude de regarder, lire et écouter des journalistes payés par des subsides d’État ? Qui plus est, l’émission de Trump étant diffusée sur sa page Facebook, pas sur une chaîne d’information, il était selon moi clair qu’il s’agissait de communication politique et pas de travail journalistique[3]. Je terminais en rappelant que l’essentiel était en réalité d’effectuer une rigoureuse critique des sources quoique l’on ait comme document devant ses yeux. À ceci, « l’ami d’un ami » a répondu qu’il voulait comprendre comment « évaluer » un média. Cet article se propose de donner quelques clefs en partant d’un article du Soir, en Belgique.

Depuis l’élection de Donald Trump, on n’a jamais entendu autant parler de « fake news » en lui opposant l’idée de « vérité ». Rappelons en préambule qu’il n’a pas fallu attendre 2017 pour que des médias transmettent des mensonges éhontés : le charnier de Timisoara ou les armes de destruction massive en sont deux exemples connus. La singularité, ici, c’est que les « fake news » sont exclusivement attribuées aux médias « non-traditionnels ». Cet aspect pose question car il accable certains acteurs (les médias indépendants) en en disculpant d’autres a priori (la presse mainstream[4]). On est en droit de penser qu’il y a là un positionnement politique partial plus qu’une volonté de « dire la vérité ». Par exemple, on a pu montrer combien le Décodex du journal Le Monde peinait à argumenter les raisons de son lynchage de sites comme Le Grand Soir[5].




D’autre part, beaucoup de sites « de gauche » ont vu leur fréquentation décroître subitement suite à la mise en place par Google d’un nouvel algorithme censé lutter contre ces « fake news »[6]. Le World Socialist Web Site en est peut-être la victime la plus marquante.

Face aux « fake news » se pose la question du statut à donner à la « vérité ». C’est une question qui obsède les journalistes et les observateurs de la presse depuis que cette dernière existe. Certains pensent que les faits peuvent être dissociés des commentaires sur les faits. D’autres pensent que les faits « n’existent pas » indépendamment d’un contexte, selon la perspective, les valeurs ou la sensibilité de celui qui les raconte. Imaginons par exemple un vol à l’arraché. Un article qui titre : « Un immigré agresse une vieille femme et lui vole son sac » …relate le même événement qu’un article titrant : « Un réfugié SDF vole une riche rentière ». Pourtant, ces deux articles disent des choses différentes parce que les valeurs qui sous-tendent l’écriture sont elles-mêmes sensiblement différentes. Il faut alors éviter de tomber dans le piège du relativisme complet voulant qu’il n’y a « pas de vérité » mais, de toute évidence, il faut aussi éviter le piège d’une Vérité avec majuscule qui, officielle, suffirait à discréditer toute façon alternative[7] de voir le monde.

Pour arriver à cette juste distance, il faut comprendre qu’aucun acteur n’est désintéressé. Ni le magnat de la presse qui cherche, par le truchement de celle-ci, à gagner beaucoup d’argent ou à faire du lobbying ; ni le militant de gauche dont l’agenda est le renversement d’un système qu’il juge oppresseur. Ce sont précisément ces intérêts qu’une véritable critique des sources doit pouvoir faire émerger. Libre ensuite au « consommateur » d’information de se faire sa propre opinion, selon ses propres valeurs.

La critique des sources permet d’aborder une production journalistique comme un historien aborde un document : c’est-à-dire en effectuant une critique externe et une critique interne. Lors de la critique externe, on se pose une série de questions sur le contexte de production du message, son authenticité, son auteur, etc. Lors de la critique interne, on s’intéresse au contenu du message. Comme me l’a proposé cet « ami d’ami » sur Facebook, je vais m’intéresser au journal belge Le Soir en prenant un article[8] disponible au moment d’écrire ces lignes et intitulé : « Venezuela: Nicolas Maduro embarrassé face caméra par le rejet de sa carte d’électeur ». Le choix du journal Le Soir me paraît pertinent parce qu’il n’est a priori pas du tout polémique. Considéré comme un journal « de qualité », Le Soir propose une couverture généraliste de l’actualité. Pour commencer, il faut d’abord lire l’article ! Cela peut prêter à sourire mais nombreux sont ceux pensant qu’il est possible de juger un contenu sans même en avoir pris connaissance. On y apprend que M. Maduro a vu sa carte d’électeur rejetée lorsque, en direct à la télévision, il a tenté de la valider pour déposer son vote à la consultation proposant de choisir les candidats à l’Assemblée Nationale Constituante.

La critique externe

La critique externe peut être excessivement détaillée, mais je propose de ne procéder qu’à trois étapes : 1) Que sait-on du média qui publie l’info ? 2) Que sait-on de l’auteur de l’article ? 3) Que nous apprend le contexte d’énonciation de l’article ?


   Sur le média, il est important de poser la question du financement car aucun média ne publie d’informations allant contre les intérêts de celui qui le finance. Les informations concernant le financement du Soir ne sont pas accessibles facilement, il n’existe par exemple pas de rubrique dédiée sur le site. On perçoit toutefois au moins trois sources de revenus : les subsides publics (le journal percevait en 2015 la somme d’1.2millions d’€[9]), le financement par la publicité et, on peut le supposer, un financement via les abonnements et l’achat du journal payant par les lecteurs. La répartition de ces ressources dans le budget global nous est inconnue, en dépit de l’intérêt évident de cette donnée. En effet, si la plus grande partie du budget est couverte par les abonnements et les achats, le degré d’indépendance est lui aussi beaucoup plus grand… Le Soir est édité par la société anonyme Rossel & Cie, elle-même appartenant au Groupe Rossel dont il n’est pas anodin de remarquer qu’il est non seulement actif dans la presse mais aussi dans le marketing et la communication financière (via Mediafin). Par ailleurs, il est aussi lié à la presse audiovisuelle privée (RTL) avec des participations dans différentes holdings[10].



Ici déjà se tisse un réseau de dépendances qui n’est pas innocent : comment avoir une parole libre par rapport aux politiques quand la viabilité de son média en dépend ? Comment avoir une parole critique sur la finance quand le groupe auquel vous appartenez a une part de son business lié à celle-ci ? Comment dénoncer les intérêts des grands groupes de presse privés quand vous faites partie de la même holding ? Comment enquêter sérieusement sur des multinationales ou de gros industriels quand ce sont eux précisément qui peuvent acheter vos encarts publicitaires ? Ainsi, les valeurs qui sous-tendent n’importe quel discours publié par Le Soir doivent être compatibles avec ces éléments. Un discours explicitement anticapitaliste, par exemple, n’y aurait pas droit de cité (à part, peut-être, sous la forme d’une « carte blanche » qui n’engage pas la Rédaction).

   Intéressons-nous maintenant à l’auteur. Un lecteur non avisé pourrait être étonné car, en dépit de la réputation de « sérieux » dudit journal, l’article n’a pas d’auteur. Il s’agit en fait d’un copié-collé d’une dépêche de l’AFP (Agence France Presse) à laquelle aucune modification n’a été apportée. Retour donc en partie à la case départ et le travail effectué sur le financement du Soir devrait être complété par un travail similaire sur l’AFP. Vous avez compris le principe, je ne vais pas le refaire ici[11]! Toutefois, outre le fait qu’une information soit répétée par plusieurs médias sans commentaires ni précisions, ces dépêches posent plusieurs problèmes. On ne sait pas, par exemple, si le journaliste de l’AFP était présent sur place lors des événements relatés (on est même fortement en droit d’en douter dans la mesure où rien n’indique que ce fut le cas). Le journaliste de l’AFP, s’il n’a pas été présent, place donc sa confiance dans un autre document : une vidéo de M. Maduro. L’AFP a-t-elle correctement authentifié cette vidéo ? Rien ne l’indique. La critique externe invite également à questionner l’indépendance du témoignage. Or, présente dans le corps de l’article, cette vidéo est estampillée « El estimulo », un média vénézuélien privé. Ce n’est pas innocent tant on sait que les médias privés sont pleinement partie prenante dans les conflits au Venezuela[12]. Ainsi, en diffusant cette vidéo sans expliciter le parti-pris pro-opposition de la vidéo, l’AFP et, à sa suite, le Soir sont partiaux dans leur couverture informationnelle. C’est d’autant plus dommageable que ce positionnement est subtil, invisible au premier coup d’œil, surtout pour un lectorat qui ne connaît pas bien le contexte historique et politique de ce pays.



Enfin, si on ne connaît pas exactement l’auteur de l’article, on peut cependant rappeler quelques réalités du métier actuel de journaliste. D’abord, les conditions économiques des journalistes se sont largement dégradées en quelques décennies. Souvent à la pige, ils sont moins bien payés et n’ont pas la même protection sociale que sous un contrat d’employé. Pire : comme ils doivent « se » vendre à chaque fois qu’ils vendent un article, ils ne peuvent surtout pas déplaire, au risque de ne plus gagner leur croûte la fois suivante. Cette précarité mène à une soumission idéologique évidente. Et comme ils sont payés à la pige, ils doivent produire beaucoup pour gagner juste assez. Fort logiquement, l’obligation de privilégier le volume a des conséquences sur la qualité du traitement des sujets et sur le choix de ceux-ci (sujets légers qui demandent peu de travail d’enquête). Dans notre exemple, l’article ne fait que relater ce qui se passe sur une courte vidéo. Sans contextualisation, la valeur informative est presque nulle. Les articles produits ont alors tendance à être courts (cet article-ci serait impubliable !) et à présenter les faits comme si l’on pouvait se départir de toute analyse. Du reste, ces contraintes correspondent à des médias qui attendent justement des articles courts, plus rentables parce qu’ils amènent le lecteur à surfer plus vite et donc à consommer plus de publicité. Le travail à la pige oblige enfin le journaliste à écrire sur différents sujets. Il n’est plus le spécialiste d’une rubrique mais peut parler de la politique du Venezuela un jour et des inondations dans un petit bourg le lendemain. Dans ces conditions, l’expertise vient nécessairement à manquer, surtout lorsque les formations en journalisme sont de moins en moins construites sur un socle de culture générale fort mais plutôt autour de savoir-faire médiatiques. À titre de comparaison, j’écris cet article sur mon temps de vacances puisque j’ai la chance de travailler dans l’enseignement. Mon salaire ne dépend pas de sa publication, mon degré d’indépendance est donc plus assuré.

   La critique externe se clôt sur une analyse du contexte d’énonciation. Une véritable analyse sémiotique pourrait ici être pertinente[13] mais cela demanderait trop de temps et d’espace. Notons simplement l’omniprésence de la publicité entourant l’article. Lors de ma visite sur le site du Soir, c’est une publicité pour la chaîne de restauration Starbucks qui prend le plus de place. De haut en bas, une grande capture de vidéo succède directement au titre et est suivie par un court chapeau (cinq lignes) puis une nouvelle publicité (cette fois pour une marque de voiture). Un lien vers un autre article au titre accrocheur est placé juste en-dessous de la vidéo (il s’agit que l’internaute ne reste pas trop longtemps sur une page, comme je le disais plus haut) puis, enfin, sept lignes de « contenu » interrompu par la vidéo de M. Maduro (empruntée au média El estimulo et laquelle ne démarre qu’après 15 secondes d’une nouvelle publicité pour une voiture). Quatre lignes de texte puis une nouvelle capture d’écran sur « l’info » (on voit que le lecteur de carte ne reconnaît pas celle de M. Maduro). À nouveau quatre lignes de texte interrompues par un énième lien accrocheur vers un autre article et, enfin, les deux dernières lignes de l’article. Si on fait le compte, on remarque que l’article est composé de 21 lignes d’une police très grande et composées d’à peine une douzaine de mots par ligne. Cette « économie » corrobore les éléments précités sur la nécessité de textes courts. Toutefois, l’œil du lecteur, même pour un article aussi court, aura été interrompu pas moins de huit fois, ce qui complique terriblement la lecture.


La critique interne

La critique interne consiste à juger le contenu du document, c’est-à-dire le « sens » de celui-ci. C’est évidemment très compliqué car, par définition, si l’on s’informe, c’est qu’on ignore ! Un premier point est le degré de sensibilité du propos. Par exemple, un article sur les résultats d’une compétition sportive n’est pas aussi sensible que celui sur les enjeux du transfert de Neymar au PSG, lequel a, peut-être déjà, des implications (géo)politiques. De façon générale, on peut considérer que des informations touchant à la politique, à l’économie et aux relations internationales sont les plus sensibles. Dans notre cas, l’article sur le Venezuela est donc potentiellement très sensible et notre œil de lecteur devrait être aiguisé.

La critique interne s’intéresse également à une série d’aspects qu’on a déjà évoqués plus haut : la question des intermédiaires (ici Le soir/AFP/El estimulo), les capacités physiques et intellectuelles du journaliste, les intérêts défendus par chacun de ces acteurs. Sur ce dernier point pourtant, nous devrions comme lecteurs nous interroger sur les propres valeurs qui nous animent. Deux questions très pratiques à se poser : qu’est-ce que j’ai envie de voir de l’événement ? Qu’est-ce que je m’attends à voir de l’événement ? Par exemple, si j’ai envie de voir M. Maduro humilié, ce peut être un indice de mon aversion pour son projet politique et, éventuellement, pour une gestion socialiste de la société. Et vice versa… Ce qu’on « s’attend à voir » donne une indication sur nos a priori. Par exemple, je m’attendais personnellement à voir un extrait de propagande anti-chaviste à travers cette vidéo et mes recherches sur le média privé El estimulo tendent à me conforter dans cet a priori. Quelqu’un qui s’attend à voir un « dictateur risible » risquera fort probablement d’être, lui aussi, conforté dans son opinion et ce à partir de la même vidéo. Autrement dit, on a tous tendance à faire correspondre une nouvelle information à ce qu’on sait/pense déjà. C’est un biais cognitif bien connu mais qu’il est bon de se rappeler au moment de la lecture d’un article.

Sur le contenu en lui-même, quelques remarques. Le titre promet d’assister à « l’embarras » de M. Maduro. Or la vidéo d’El estimulo coupe directement, sans qu’on puisse voir la réaction du Président. Ici, deux options : soit la vidéo est coupée par le média d’État qui retransmettait l’événement en direct, soit la vidéo est coupée par El estimulo. Cela fait une différence fondamentale puisque, dans le premier cas, il y aurait une forme de « censure d’État » mais dans le second cas il s’agirait au contraire d’une forme de mensonge médiatique (le fameux « embarras » constitue l’accroche de cet article). En réalité, la télévision vénézuélienne a continué sa retransmission[14], il s’agit donc bien d’une manipulation d’El estimulo relayée sans état d’âme par l’AFP puis par le journal Le Soir. Comment peut-on le savoir ? Hé bien parce que l’AFPes (c’est-à-dire l’AFP en espagnol) a diffusé sur YouTube une autre vidéo dans laquelle on peut voir le fameux « embarras » de M. Maduro ! Pourquoi El estimulo n’a-t-il pas montré la séquence en entier ? Tout simplement parce que ce problème technique est tout au plus une anecdote. Extraire la vidéo de son contexte permettait de monter en épingle une situation qui vraisemblablement n’en valait pas la peine. La vidéo d’El estimulo s’inscrit dans un contexte de propagande évident. Ce média est un acteur du conflit, pas un observateur.

La partie écrite de l’article mérite, enfin, un peu d’attention. Au titre directement succède une information qui n’a pourtant rien à voir avec ce dernier : on y parle d’une « douzaine de personnes décédées » lors du scrutin qui serait « décrié ».




La façon de présenter les choses suggère un rapport de cause à effet entre ces deux informations, impliquant de facto une responsabilité du pouvoir. Ainsi, le lecteur de l’article, avant même le chapeau (c’est-à-dire le paragraphe d’introduction), adopte inconsciemment une position défavorable à M. Maduro. Le chapeau en lui-même est factuel et ne prête à aucun commentaire spécifique. Les deux paragraphes suivants ne font que répéter ce que disait déjà l’introduction, en ajoutant seulement un ou deux éléments. Cependant, l’auteur de l’article qualifie la situation non plus « d’embarrassante » mais de « particulièrement embarrassante » pour le Président vénézuélien. La nuance est subtile mais vient s’ajouter à tous les autres éléments qui construisent une image négative de M. Maduro. Le troisième paragraphe est quant à lui beaucoup plus grave puisqu’il est tout simplement mensonger : « Les caméras ont rapidement cessé de filmer cet instant d’embarras pour Maduro ».




On a vu plus haut que c’était faux, que les caméras avaient bien continué de filmer et, qui plus est, il existe même une vidéo de l’AFP pour le prouver ! Impossible en revanche de savoir si l’auteur de l’article a été abusé par la coupure intentionnelle d’El estimulo ou si le mensonge est volontaire… La phrase mensongère se conclut sur le rappel de la contestation contre Maduro et sur une allégation de « guerre civile » qui serait décidément très proche.

À ce moment, inutile de dire que le lecteur lambda voit Maduro comme un affreux dictateur et ce uniquement par la présentation qui lui est faite de l’information (mais aussi sur base de fausses informations, des « fake news » pourtant relayées par une presse qui peut difficilement être plus « traditionnelle »).

L’article se conclut : (1) sur le partage sur les réseaux sociaux de ladite vidéo en ne relayant que les commentaires anti-Maduro. C’est ici un nouveau mensonge, mais cette fois par omission : en ne signalant pas le soutien populaire dont jouit encore Maduro, le journaliste renforce encore le sentiment que ce pays est une dictature ; (2) sur le fait que ni l’UE, ni les USA, ni plusieurs autres pays d’Amérique latine (non cités, et pour cause, ils sont tous à droite de l’échiquier politique) ne reconnaissent le scrutin. Le sarcasme me pousserait à souligner que l’UE n’est en effet pas très encline à reconnaître les consultations populaires, il n’y a qu’à voir le sort qui avait été réservé au « non » français au projet de constitution européenne… Pour bien faire son travail, l’auteur de l’article aurait aussi pu expliquer pourquoi ces pays ne soutiennent pas Maduro, les intérêts qui sont en jeu, les valeurs qui soutiennent les politiques, etc. (3) Enfin, l’article se conclut sur la même phrase (mot pour mot) que celle qui l’a amorcé : un rappel des personnes décédées et le caractère « décrié » du scrutin.

Qu’en conclure ?

L’analyse que je viens de produire me pousse à conclure que j’ai eu ici affaire à un article correspondant, au même titre que la ridicule émission de Trump, à de la propagande – c’est-à-dire un document construit dans l’objectif de provoquer l’adhésion à une façon particulière de voir le monde, en omettant les éléments qui auraient pu nuancer le propos voire le retourner. Comme le notait Morelli[15], le chef du camp adverse « a le visage du diable », l’ennemi provoque des atrocités, la cause défendue par l’opposition est noble, etc. Je voudrais insister sur le fait que je n’ai pas sélectionné cet article parce qu’il pouvait servir mon propos. J’ai pris le premier article en libre accès traitant du Venezuela sur le site du Soir et j’aurais pu faire le même travail avec n’importe quel autre article.

Je vais conclure en proposant une courte synthèse des questions nécessaires à une critique des sources. Bien sûr, on n’a pas le temps de faire ce travail ardu pour chaque article ou émission, mais le simple fait d’avoir les questions à se poser bien en tête aide déjà à aiguiser son esprit critique : quel est le média, qui le finance et, par conséquent, quels sont ses intérêts ? Qui est l’auteur, quel est son contexte, notamment économique (est-il par exemple employé ? est-il responsable d’une rubrique ?) Comment l’article est-il construit, est-il long, détaillé, y a-t-il des sources pour me permettre de valider ce qui est dit ? Le sujet de l’article est-il sensible ? Quelles sont mes valeurs, qu’ai-je envie de voir/lire et à quoi est-ce que je m’attends ? Est-ce que tout est dit, est-ce que tout est vérifiable ? La parole est-elle donnée à toutes les parties ? L’article cherche-t-il à expliquer ou seulement à décrire des faits ? Dans le second cas, la description est-elle exempte de connotations ?

J’ai tendance à croire que ce travail est encore plus important pour les médias qu’on a l’habitude de visiter et auxquels on fait habituellement confiance. Parce que c’est précisément lorsqu’on a confiance que notre conscience s’endort. Une véritable critique des sources commence par une critique et une connaissance de soi-même, ses préjugés et ses valeurs.



Source: Investig'Action


Notes:

[1] Accessible sans intermédiaire ici : https://www.facebook.com/DonaldTrump/videos/10159619784950725/

[2] Voir ici : http://www.liberation.fr/france/2017/05/18/monsieur-le-president-il-n-appartient-pas-a-l-elysee-de-choisir-les-journalistes_1570485

[3] Je reconnais là un peu de naïveté tant il apparaît que ce seul recul critique n’est pas intégré, non par manque d’intelligence mais par manque de formation.

[4] En dépit du bon sens : le charnier de Timisoara et les armes de destruction massive ont justement été relayés par la presse mainstream.

[5] En fait, il n’y a juste aucun argument. Notez le terme « apparaît » comme si l’apparence était suffisante pour discréditer un média ! Sur le Décodex, lire par exemple cet article : http://www.investigaction.net/fr/decodex-le-vieux-monde-se-meurt/

[6] Voir ici : https://www.wsws.org/fr/articles/2017/jul2017/goog-j28.shtml

[7] Alternative par rapport à la norme du milieu. Aucune information n’est « alternative » en soi.

[8] http://www.lesoir.be/107096/article/2017-07-31/venezuela-nicolas-maduro-embarrasse-face-camera-par-le-rejet-de-sa-carte Je découvre en même qu’il n’y a plus de rubrique « international » sur la page d’accueil du Soir en ligne !

[9] Fédération Wallonie-Bruxelles, voir : http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252F972707%252Farticle%252Factualite%252Ffil-info%252Ffil-info-economie%252F2015-08-26%252Fl-aide-presse-francophone-approuvee-mercredi-en-gouvernement

[10] http://www.rossel.be/societes/audiopresse

[11] Pourtant, il aurait été intéressant d’en dire un mot. Par exemple, si les statuts de l’AFP lui interdisent d’être subventionnée par l’État, on apprend que 40% de ses revenus sont des abonnements par…les services publics !

[12] J’invite à relire, à ce propos, les excellents articles d’Henri Maler qui datent pourtant de 2009 : http://www.acrimed.org/Conflits-sur-les-medias-au-Venezuela-1-L-attaque-de-Globovision

[13] Voir par exemple la grille proposée par Meunier et Peraya dans leur livre « Introduction aux théories de la communication ».

[14] https://www.youtube.com/watch?v=GtamrI588Bo

[15] Morelli, A. (2010). Principes élémentaires de propagande de guerre: utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède... Aden.
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MessageSujet: Re: Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques   Mer 6 Sep 2017 - 18:04

1 Venezuela : Les violations des droits de l’homme indiquent que les autorités cherchent à mater les voix critiques – rapport du HCDH de l’ONU

Série “Morts au Venezuela”

1. Venezuela : Les violations des droits de l’homme indiquent que les autorités cherchent à mater les voix critiques – rapport du HCDH de l’ONU
2. Le bilan des victimes des manifestations au Venezuela
3. Liste des victimes des manifestations au Venezuela (avril à juillet 2017)

Citation :
Le 30 août, encore un bel exemple de neutralité du Monde (on le sent jubiler…) :



Un rapport de l’ONU sur le Venezuela accable le régime de Maduro

Source : Le Monde, AFP, 30-08-2017

Un récent rapport a découvert que sur les 124 morts liées aux manifestations des derniers mois, 46 étaient imputables aux forces de sécurité et 27 à des groupes armés progouvernementaux.


Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a accusé, mercredi 30 août, le Venezuela de « réprimer des voix critiques et d’instiller la peur parmi la population ». « L’usage systématique et généralisé de la force lors des manifestations et la détention arbitraire de manifestants ou d’opposants politiques indiquent qu’il ne s’agit pas d’actes illégaux et secrets d’officiels isolés », estime le rapport.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro « a été élu par le peuple », a reconnu le Haut-Commissaire Zeid Ra’ad Al-Hussein devant les médias à Genève, mais les récentes actions du gouvernement « donnent l’impression que ce qu’il reste de la vie démocratique au Venezuela est en train d’être écrasé ». […]



L’analyse réalisée par le Haut-Commissariat a découvert que sur les 124 morts liées aux manifestations et violences des derniers mois, 46 étaient imputables aux forces de sécurité et 27 à des groupes armés progouvernementaux. En s’appuyant sur un rapport de l’avocat général vénézuelien, l’ONU estime que cinq morts sont dues aux militants anti-Maduro et que d’autres cas restent troubles. […]

Suite à lire sur Le Monde, AFP, 30-08-2017

=======================================

Bien. Allons voir ce rapport alors.


Citation :
On note bien d’abord que ce n’est pas “un rapport de l’ONU” (qui viendrait de l’Assemblée générale ou du Conseil de Sécurité), mais un rapport d’une des administrations de l’ONU, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. (HCDH). À ne pas confondre avec le Conseil des droits de l’homme (élu par l’AG), le HCDH fait partie du Secrétariat des Nations Unies et dépend du Secrétaire général.

Voilà son communiqué du 30 août :

Source : OHCHR, 30-08-2017


GENÈVE (30 août 2017) – Les violations massives des droits de l’homme et des abus graves de ces droits commis au Venezuela dans le cadre de manifestations hostiles au gouvernement trahissent «l’existence d’une volonté politique de réprimer des voix critiques et d’instiller la peur parmi la population, afin de mettre un terme aux protestations», selon un rapport* du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

«Le recours généralisé et systématique à une force excessive pendant les manifestations, et la détention arbitraire de manifestants et d’opposants politiques présumés, indiquent qu’il ne s’agit pas d’actes isolés et illégaux de la part de quelques officiers», déclare le rapport.

Le rapport invite le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à envisager de prendre des mesures afin d’empêcher que la situation des droits de l’homme au Venezuela, qui siège actuellement au Conseil, ne se détériore encore plus.

L’analyse menée par le Haut-Commissariat indique que sur les 124 décès liés au mouvement de contestation et sur lesquels le ministère public enquêtait en date du 31 juillet, 46 pouvaient être imputés aux forces de sécurité et 27 aux colectivos, les groupes armés pro-gouvernement. Pour les 51 morts restants, aucune responsabilité n’a pu encore être établie.

Pendant la période couverte par le rapport, à savoir du 1er avril au 31 juillet, le ministère public a ouvert une enquête sur au moins 1 958 cas de blessures encourues dans le contexte des manifestations. L’examen de ces blessures réalisé dans le rapport indique une intensification progressive de l’utilisation de la force. Si, début avril, la majorité des blessures relevaient de l’inhalation de gaz lacrymogènes, en juillet le personnel médical soignaient des blessures par balles.

«La réaction des autorités vénézuéliennes aux récentes protestations s’est faite aux dépens des droits et des libertés des citoyens, a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Al Hussein. Le gouvernement doit garantir qu’une enquête rapide, indépendante et efficace sera menée sur les violations des droits de l’homme dont les forces de sécurité se seraient rendues coupables et sur les graves abus commis par les colectivos ou des manifestants violents. Cela implique que les enquêtes ouvertes par le ministère public pendant la période couverte par le rapport se poursuivent et soient scrupuleusement et visiblement impartiales», a-t-il ajouté.

«Le droit de rassemblement pacifique a été systématiquement violé, et un grand nombre de manifestants et de personnes identifiées comme des opposants politiques ont été détenus. Le rapport fait également état de graves violations du droit à un procès équitable et de traitements dégradants assimilables dans certains cas à de la torture», a annoncé M. Zeid.

D’après les estimations fiables d’une ONG locale, plus de 5 000 personnes ont été détenus depuis le 1er avril, et plus de 1 000 étaient encore détenues en date du 31 juillet. Au moins 609 civils arrêtés dans le contexte des manifestations ont été déférés devant des tribunaux militaires. Le rapport invite le gouvernement vénézuélien a mettre un terme aux détentions arbitraires et au recours aux tribunaux militaires pour juger des civils.

Des groupes de manifestants anti-gouvernement organisés de manière informel ont eux aussi versé dans la violence, utilisant des armes improvisées allant du lance-pierres aux cocktails Molotov et mortiers artisanaux. Au moins quatre personnes auraient été tuées par des groupes ou individus hostiles au pouvoir en place et, selon le gouvernement, neuf membres des forces de sécurité avaient été tués au 31 juillet. Le rapport appelle les partis d’opposition à condamner tous les actes de violence, en particulier ceux commis par des groupes violentes de manifestants.

Le rapport documente des attaques menées par les forces de sécurité contre les journalistes et les travailleurs des médias afin de les empêcher de couvrir les manifestations. «Des manifestants et des journalistes ont été qualifiés d’ennemis ou de terroristes par les autorités, des mots qui n’ont rien fait pour atténuer le climat de violence et de polarisation, voire qui y ont contribué», a dénoncé le Haut-Commissaire.

S’il reconnaît que le nombre de manifestations, d’arrestations et de décès a diminué depuis le 1er août, M. Zeid s’est dit préoccupé par les récentes mesures prises par les autorités pour criminaliser les leaders de l’opposition politique par le biais de la Commission de vérité, de justice et de paix.

«La Commission, établie récemment par l’Assemblée constituante, ne remplit pas les critères fondamentaux de transparence et d’impartialité, indispensables pour mener des enquêtes indépendantes et non motivées par des considérations politiques sur les violations des droits de l’homme et les abus commis», a-t-il commenté.

Le Haut-Commissaire a averti que la crise économique et sociale persistante et les tensions politiques croissantes risquent d’ aggraver la situation du Venezuela.

«J’encourage le gouvernement vénézuélien à suivre les recommandations formulées dans le rapport et à se servir des conclusions de celui-ci comme lignes directrices pour la recherche de la vérité et de la justice pour les victimes de violations et d’abus. Je réitère mon appel au gouvernement à renoncer à toute mesure susceptible d’aggraver les tensions politiques et invite toutes les parties à poursuivre un vrai dialogue afin de mettre un terme à la crise», a conclu M. Zeid.

FIN

*Le gouvernement vénézuélien n’ayant pas répondu aux demandes d’accès au terrain, une équipe d’enquêteurs a mené des investigations à distance sur les violations des droits de l’homme entre le 6 juin et le 31 juillet. Le rapport se base sur l’analyse faite par ces enquêteurs des informations qu’ils ont collectées, notamment à travers 135 entretiens avec des victimes et membres de leur famille, des témoins, des organisations de la société civile, des journalistes, des avocats, des docteurs, des urgentistes et des représentants du ministère public.

Pour voir le rapport en anglais c’est ici

Pour voir le rapport en espagnol c’est ici


Source : OHCHR, 30-08-2017

=======================================


Ce rapport est très intéressant (édifiant sur les témoignages de mauvais traitements en prison), mais quelques questions surgissent quant au bilan.

Il est à noter que pour ce point, la source première “de l’ONU” est le Ministère Public du Venezuela et qu’ils ont ensuite “enquêté” :


Et c’est là qu’il y a une chose qui peut sembler étonnante : ils indiquent que sur 124 morts, 46 ont été tués par les forces de sécurité, 27 par les colectivos armés et qu’il y en a 51 où on ne connaît pas la responsabilité.

Or les colectivos armés sont “pro-gouvernement” :

On pourrait donc penser avec une lecture rapide qu’il y a 124-46-27-51 = 0 mort dus aux manifestants.

Ce qui est faux car on connaît bien des victimes des manifestants.

En fait, il semble y avoir ici une “hyper-précision” du HCDH : “la responsabilité” dans ces cas n’est pas connue car on ne sait pas qui a tiré depuis une barricade, mais on sait que ça venait de là – comme pour les 7 policiers tués par exemple, ou pour le jeune brûlé vif :


Cela a conduit à des imprécisions dans la presse, alors que le HCDH précise bien plus loin dans son rapport (et dans le communiqué de presse précédent) qu’au moins 4 personnes ont été tuées par des groupes anti-gouvernement :


On trouve par ailleurs des informations très intéressantes :






Ou ceci :


dont la source est là en fait (Défenseur du Peuple) :


Ainsi, sur près de 2 000 blessés, il y a eu 507 policiers blessés, dont 424 blessés par des objets contondants, et 77 policiers blessés par des armes à feu. Pas si “Pacifiques” les manifestants – ce qui n’étonnera personne ici…


Bref, on peut trouver le rapport intéressant pour pointer d’inacceptables atteintes aux droits de l’homme, mais il aurait gagné à se montrer plus neutre. Cela apparaît déjà sur la couverture :


alors qu’avec ceci, on change de perspective :


(sachant que si l’opposition manifestait au Venezuela avec de simples drapeaux, il n’y aurait aucune violence et donc aucun mort)

Bref, la presse s’est jetée sur ce rapport (qui ne contient pas les noms détaillés des victimes), mais il faut savoir qu’il y a une assez bonne transparence des pouvoirs publics au Venezuela sur le bilan humain.

C’est ce que nous allons voir dans le prochain billet avec un bilan humain plus détaillé, qui illustre certaines limites de l’exercice “de l’ONU”…

P.S. Le gouvernement du Venezuela a rejeté les conclusions de ce rapport :

10 août 2017

« Le Venezuela a rejeté ce jeudi le rapport du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies (ACNUDH ) comme exprimant une position “partiale et tendancieuse” sur la réalité du pays

Le gouvernement vénézuélien affirme que le rapport du ACNUDH […] se fonde sur les critères d’un “suivi à distance” des faits ayant eu lieu durant les manifestations violentes de l’opposition.

Ledit rapport précise que le haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Zeid Raad al-Husein, a déployé une équipe pour réaliser un suivi à distance, y compris depuis le Panama.

Pour le gouvernement vénézuélien, il n’est pas possible qu’il soit accusé de violation des droits de l’homme quand l’équipe censée avoir été déployée par l’ONU a travaillé à distance et s’est servi “de fausses nouvelles répandues par des médias sans scrupules et sans vérification aucune”.

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères affirme que l’ ACNUDH a omis “la documentation abondante, éclairante et digne de foi qu’a fournie l’Etat vénézuélien”, et qui démontre la responsabilité des dirigeants de l’opposition dans l’organisation, la promotion et le financement des actes de violence.

“Les conclusions fausses de l’autoproclamée équipe d’experts de l’ONU avalisées par le Haut-Commissariat ont porté un coup sérieux à la probité, l’impartialité, l’équité , l’honnêteté et la bonne foi qui doivent prévaloir dans les actions de ladite officine, et représentent un danger pour les Nations Unies”, dit le communiqué de la Chancellerie. »

(Billet édité)
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Venezuela: coup de projecteur sur les zones d´ombre médiatiques

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