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 « Les médias ne sont plus que très accessoirement des facteurs de l’utilité publique », par Alain Accardo

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MessageSujet: « Les médias ne sont plus que très accessoirement des facteurs de l’utilité publique », par Alain Accardo    Sam 13 Mai 2017 - 16:55

« Les médias ne sont plus que très accessoirement des facteurs de l’utilité publique », par Alain Accardo

Citation :
Fantastique interview que je vous recommande !

Source : Vice, Ludivine Bénard, 04-05-2017



Le sociologue revient pour nous sur le traitement médiatique d’une élection présidentielle en passe de se terminer.

« Merdias », « journalopes », « vendus »… Les réseaux sociaux ne sont jamais avares de mots durs envers les journalistes. Pourquoi tant de haine, se demandent ces derniers ? La période qui a précédé les élections présidentielles n’a, de ce point de vue, pas été en reste et la défiance envers les médias a largement été de mise, au fur et à mesure que se multipliaient les unes des magazines consacrées à Emmanuel Macron. Avant le second tour, qui oppose le candidat d’En Marche ! à Marine Le Pen, nous avons donc souhaité nous entretenir avec Alain Accardo, sociologue et maître de conférences à Bordeaux III, afin d’analyser le « système médiatique » à l’œuvre. Ce spécialiste de Pierre Bourdieu vient en effet de faire paraître, dans la collection Cent mille signes des éditions Agone, une réédition d’un de ses textes de 2007, sous le titre « Pour une socioanalyse du journalisme, considéré comme une fraction emblématique de la nouvelle bourgeoisie intellectuelle ».

Si Accardo rappelle la mainmise de grands groupes industriels et financiers sur la majorité des médias, il refuse de faire des journalistes des pantins soumis aux ordres, protégeant sous la contrainte l’ordre (libéral) établi. Au contraire, et c’est là la pertinence de son analyse, qui prend en compte à la fois le poids des structures et la contingence des actions individuelles : sous couvert de démocratie et de pluralisme, les journalistes tiennent, peu ou prou, le même discours car ils pensent tous, peu ou prou, la même chose, et qu’ils viennent tous, peu ou prou, des mêmes milieux. Alain Accardo l’affirme : « Cette dialectique de la diversité dans l’uniformité idéologique tient fondamentalement au fait que les médias journalistiques s’adressent aux différentes fractions des classes moyennes et des classes supérieures, où se recrutent d’ailleurs, très majoritairement, les journalistes eux-mêmes. Il est donc compréhensible que les médias reflètent la diversité effective des intérêts et des valeurs de ces différents groupes sociaux. »

Non, les journalistes ne sont pas des marionnettes soumises aux ordres des actionnaires richissimes qui détiennent leur rédaction. Non, ils ne passent pas leur journée à comploter sciemment pour diffuser des informations erronées. Leur discours est biaisé car leur point de vue l’est de fait, et leur unanimité sur le « phénomène Macron » l’illustre parfaitement : « La représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie. » J’ai rencontré Alain Accardo pour en savoir un peu plus.

VICE : Durant la campagne – et même avant– de nombreux observateurs ont évoqué l’omniprésence d’Emmanuel Macron dans les médias, et un traitement, disons, assez favorable. Des unes de magazines aux éditos dithyrambiques – on pensera à celui de Matthieu Croissandeau, directeur de la rédaction de L’Obs – Macron était partout. Selon vous, les journalistes ont-ils fabriqué le présidentiable Macron, pourtant inconnu il y a encore trois ans ?

Alain Accardo :
On pourrait effectivement dire que « les journalistes ont fabriqué le présidentiable Macron » comme ils ont fabriqué tout le reste, ou plus exactement que le travail des médias a été décisif dans l’imposition de la figure de Macron comme candidat crédible, capable de « rassembler au-delà des vieux clivages traditionnels », d’abord sur la seule foi des proclamations de l’intéressé lui-même, que l’impatience de ses ambitions avait conduit à court-circuiter le processus habituel de l’adoubement par un grand parti. Étant nouveau venu dans le champ de la politique professionnelle, et n’ayant jamais subi le baptême du feu électoral, il n’avait pas encore accumulé le même capital politique spécifique que ses principaux concurrents. Il a donc fait ce que font parfois les nouveaux entrants dans une compétition sociale : il a tenté un coup de force pour accumuler d’un coup le capital distinctif nécessaire pour figurer dans la compétition avec quelque chance de succès. Mais ne voulant pas avoir à payer en temps et en énergie le droit d’entrée dans le jeu, il a pris le risque de s’inscrire dans la compétition en concurrent indépendant. Ce qui restreignait le choix de sa stratégie à celle du « ni droite, ni gauche », qui dans la France actuelle n’est quand même pas d’une sidérante nouveauté, il faut bien le reconnaître. Giscard déjà, dans les années 1970, reprenait à son compte ce vieux précepte centriste en disant que la France « demande à être gouvernée au centre ». Trente ans d’alternance « gauche-droite » ont fait le reste, c’est-à-dire épuisé la confiance des électeurs de gauche comme de droite. En tout cas, le choix du « ni droite-ni gauche » est presque toujours l’aveu d’une préférence pour la droite, mais dissimulé ou honteux.

Transformer la lutte politique en simple bataille d’idées et la bataille d’idées en simple querelle de mots, choisis pour leur halo sémantique de séduction ou de répulsion (et donc pour leur charge émotionnelle positive ou négative), c’est substituer à la vision crue et réaliste des rapports de classes une vision purement symbolique, très euphémisée, qui tend trop souvent à masquer les véritables enjeux et les contradictions objectives.

Dans des circonstances « normales », les compétiteurs suffisamment « gonflés », ou inconscients, pour tenter le coup de force de court-circuiter la filière de sélection partisane, se font rapidement balayer par les concurrents encartés plus aguerris, plus expérimentés, mieux connus et reconnus, à moins de bénéficier d’énormes appuis (celui de l’Armée par exemple, dans un coup d’État) ou bien d’être servis par des circonstances inattendues et imprévisibles qui bouleversent la donne et ruinent les plans des concurrents les plus dangereux (comme le pourrissement de la vie politique française par la guerre d’Algérie, qui a permis à De Gaulle d’imposer habilement son retour au pouvoir en 1958, encore qu’il ne fût pas vraiment un nouveau venu).

C’est ce qui s’est passé pour Macron. Il a bénéficié d’un concours de circonstances inimaginable, qu’aucun institut de sondage n’aurait pu anticiper, à la fois l’effondrement de Fillon à cause des « affaires » et la défaite de Valls battu à la primaire socialiste. Du coup, les deux grands partis favoris de l’alternance se retrouvaient sans représentant patenté. Saisissant l’occasion aux cheveux, les forces conservatrices se sont jetées sur Macron pour le mettre en selle. À défaut du label LR ou PS, il présentait toutes les qualités et les garanties requises aux yeux des chiens de garde du Capital. Comble de bonheur pour la droite républicaine et l’establishment, le second concurrent exigé par la règle du jeu au deuxième tour de la présidentielle risquait fort d’être la candidate de l’extrême droite, ce qui permettait d’envisager une réédition de la stratégie du « rassemblement républicain » qui avait si bien marché lors du duel Chirac-Le Pen. Macron promettait d’être parfait en candidat providentiel et consensuel, seul capable de sauver la République de l’affreuse menace extrémiste-populiste du FN.

Il ne restait plus qu’à laisser la presse aux ordres, les grands médias, parfaitement rodés, faire leur travail, c’est-à-dire affoler les électeurs, ameuter les foules et préparer la venue du nouveau rédempteur Macron.

Si les journalistes ont fabriqué ce candidat, comment expliquer qu’il soit au second tour, eu égard à l’hostilité quasi-générale dont font preuve les citoyens à l’égard des médias ?

C’est une banalité aujourd’hui de dire que le fonctionnement « heureux » des rapports sociaux, spécialement la reproduction pas trop grinçante des structures de domination au bénéfice des puissances économiques et financières, implique la production et la diffusion d’une information appropriée. Toute in-formation est une mise-en-forme de la réalité. Donc une mise dans un certain ordre, un état de relative cohérence et d’harmonie fonctionnelle. C’est pourquoi on peut parler de « système social ». Il y a un agencement, un assemblage des parties pour former un tout fonctionnant selon une certaine logique, capitaliste ou autre, donc conformément à des règles et des stratégies qui sont pour une part délibérées, théorisées par les agents, et pour une part plus grande encore inconscientes, vécues pratiquement sans avoir besoin d’être pensées expressément. Contrairement d’ailleurs à ce que beaucoup de gens croient, le travail de production et de distribution de l’in-formation nécessaire à la bonne marche du système n’est pas assuré seulement par les médias de presse. D’autres appareils et institutions, non moins importants, y participent – comme l’École par exemple.

S’agissant des médias de presse, il y a longtemps que les classes possédantes et dirigeantes ont compris l’impérieuse nécessité de s’en emparer. Et elles l’ont fait, en quasi-totalité pour la presse papier, à l’exception d’une presse marginale, valeureuse mais asphyxiée financièrement. Pratiquement tous les grands titres, de même que les grandes chaînes et stations de l’audiovisuel, sont tombés aux mains de groupes capitalistes qui se sont mis à produire une information pour le marché en même temps qu’ils produisent un marché pour l’information, exactement comme ils le font pour le béton, les avions, les parfums ou les autos. On fabrique en même temps le barbecue en tôle, le sac de sarments à brûler, les saucisses de porc aux antibiotiques et la famille de classe moyenne qui « s’éclate » à faire des barbecues avec ses amis sur son petit bout de gazon, comme dans une série hollywoodienne.

Évidemment, cette presse capitaliste a pour mission essentielle d’assurer la défense et l’illustration du système capitaliste (de ses intérêts économiques, de sa philosophie libérale, de son mode de vie, etc.) en toutes circonstances, sur tous les sujets, mais dans le cadre imposé par la loi fondamentale de la République, c’est-à-dire par sa Constitution. Or cette Constitution impose à la République un fonctionnement « démocratique ». Dans le principe au moins. Il faut donc que les médias donnent l’apparence de respecter les principes et les valeurs de la démocratie et de la laïcité (pas de discrimination entre les différentes catégories de citoyens, etc.). D’où une teinture de pluralisme et de diversité qui répond en même temps à la nécessité d’élargir au maximum les publics touchés afin de maximiser l’audience et par là la rente publicitaire. On donnera la parole à un Mélenchon, mais on associera constamment son nom à celui de Chavez, traité de « dictateur » ; on invitera un Poutou à s’exprimer, mais en le présentant comme un « petit candidat » sans envergure, etc., alors que les « bons » candidats font l’objet de commentaires positifs ou neutres, sans connotation dévalorisante. Tous ces procédés et opérations, considérés ponctuellement, peuvent sembler dépourvus d’importance. Leur répétition et leur accumulation (pilonnage) finissent par créer un climat favorable ou défavorable, une perception sympathique ou hostile relativement à une personne ou à une idée.
[…]

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